Vingt cinq années, et une parole incantatoire, prononcée par un homme d’église, Monseigneur De Souza. Malgré le départ de cet homme, force est restée à sa parole, petite preuve que ce n’étaient des propos anodins qu’il avait prononcé ce jour là.

 Nous sommes en 1990, au mois de février. Après 17 ans de marxisme Léninisme et de révolution  populaire, sous la conduite de l’armée, le Bénin fait une pause. La pause tant désirée, tant sollicitée, tant attendue et finalement arrivée, la pause de l’essoufflement social face au ralenti économique; cette pause qui jusqu’à ce jour a inscrit ce pays dans l’histoire de l’Afrique et du monde. C’est la pause qui a réunit toutes les « sensibilités » (comme on avait bien su choisir ce mot) du pays pour qu’ensemble elles décident de la suite à donner dans la conduite de ce pays. On a donc appelé cela « la conférence des forces vives de la nation ».

Toutes les portions de la nation étaient présentes, ou représentées. Diversité d’avis, divergence de point de vue, envie d’avancer, décision de faire obstacle, possibilité de platiner, tout était vraiment présent dans une ambiance de crainte, d’inquiétude et de peur. Qu’on le voulut ou pas, l’armée était toujours au pouvoir, toujours puissante, bien mobilisée derrière le leader du Parti de la Révolution Populaire du Bénin, et même si celui avait consenti à ce que la conférence se tînt comme pour sortir le pays de l’impasse, tout pouvait « pétarader » à tout moment. Pour preuve, quelques moments forts, de la conférence, pouvaient laisser entendre, le Général Mathieu Kérékou, mener un raisonnement lucide et éclairé, confondant de fait, juristes et économistes présents. « …qu’on ne nous demande pas de démissionner … » disait –il en montrant les limites de la compétence de l’assemblée réunie à la conférence des forces vives de la nation. Mais le clou de l’histoire sera l’intervention quelques jours plus tard au sein de la même conférence, d’un haut gradé de l’armée, qui menace sans mots voilés, de prendre en otage toute la démarche de la conférence car « …l’armée est bien présente » et elle est toujours prête à garder le pouvoir, même par la violence s’il le faut. Lui, avait pour nom « Kouandété » et « quand Kouandété dit…il le fait » disait un ancien président. Plus calme et plus serein que bien d’autres, et pourtant très décisif, Emile Derlin Zinsou, ancien président à laissé entendre qu’il y avaient des gens dont le dessein était de faire échouer la conférence avant de d’ajouter haut et fort « je ne les y aiderai pas ». En bref, la tension qui depuis le démarrage de la conférence des jours plus tôt, semblait monter et descendre sans jamais atteindre les extrèmes, venait désormais de piquer d’une traite. L’allure sentait le choc, et de très loin on le vit venir.

A l’intérieur de l’hôtel PLM Alédjo, comme à l’extérieur, dans les rues de la capitale économique, Cotonou tout entier est sur ses gardes. L’armée est mobilisée et prête à l’action dès l’ordre émis. Le peuple, partagé entre peur et volonté de décrocher son « renouveau démocratique », est aux aguets. Au sein de l’assemblée, plus que quelques mots encore, pour que les sensibilités s’étant trop heurtées déjà, déclenchent les affrontements physiques, dont les conséquences, hors de la conférence pouvaient être bien lourdes pour le pays. C’est alors qu’un homme « inspiré » certainement prononça une phrase. Il dit

« Qu’aucun bain de sang…qu’aucun bain de sang ne nous éclabousse et ne nous emporte dans ses flots ».

Cet homme, c’était le père Monsigneur De Souza, religieux dont les travaux de la conférence étaient placés sous la médiation. Que venait il de faire ?

Il ne serait pas exagéré de le dire ; l’homme venait de prononcer un incantation, exactement comme dans nos milieux cultuels traditionnels, des hommes peuvent mettre des ingrédients à la bouche et prononcer des incantations pour agir sur les choses dans l’invisible. Mais le Père De Souza, lui même ne devait certainement pas se douter qu’il venait de prononcer l’une des incantations les plus efficaces de ces vingt cinq dernières années, et les participants à la conférence non plus. Il est juste claire qu’après cette phrase, les choses ont bien commencé à s’arranger, et la tension, à se baisser et à mourir à petits feux, jusqu’à ce que la conférence accouche de l’ héritage qu’encore le bénin chouchoute aujourd’hui, la démocratie béninoise.

Comment cette phrase a t’elle pu aboutir à de tels résultats en un si court temps ; calmer les ardeurs négativistes des uns et des autres, apaiser les cœurs et ouvrir les esprits des décideurs du temps, à un point tel que les positions autrefois tranchées se relativisent jusqu’à la sortie heureuse de la conférence. Il faut imaginer à coup sûr, combien de fois cette phrase avait du tourner dans la tête du monseigneur, un peu comme pour dire « tu tourneras ta langue 7 fois 777 fois avant de parler », et l’homme a du en faire autant. Il faut aussi imaginer, toute la charge spirituelle qui a pu se déployer avec cette phrase pour atteindre les esprits de tous ceux qui l’ont entendu de la bouche de son auteur. Il faut aussi imaginer, toutes les prières, tous les jeûnes effectués qui ont du inspirer à l’homme, cette phrase. Il faut enfin imaginer les circonstances dans lesquelles l’homme a placé chaque mot de cette phrase, pour enfin comprendre que même si les spiritualistes et les cultuels ne le disent pas haut, Monseigneur De souza n’avait pas prononcé une phrase anodine. Il avait dit une incantation, une puissante incantation de paix, qui a laissé au peuple béninois la paix, et qui a donné au peuple béninois sa paix…

C’est à ce bout de la feuille que je ma place cette semaine. Répondez si vous êtes au bout de la feuille

Giovanni Houansou | Février 2015

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